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Comment motiver un élève qui ne veut pas travailler en cours particuliers

📅 15 juin 2026
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C'est l'un des défis les plus fréquents — et les plus humains — du métier de prof particulier. L'élève est là physiquement, mais sa tête est ailleurs. Il répond par monosyllabes, fixe son téléphone, soupire à chaque exercice. Certains jours, il semble avoir décidé avant d'arriver que la séance ne servira à rien.

Après dix ans à accompagner des élèves de tous niveaux et de tous profils, j'ai appris une chose : la démotivation n'est jamais une fatalité. Elle a toujours une cause, et donc toujours une solution. Mais cette solution n'est pas toujours celle qu'on croit.


L'histoire qui m'a le plus marqué

J'ai eu une élève en dernière année de collège qui n'avait pas réussi. Elle ne voulait plus retourner au collège. Elle voulait tout arrêter et faire une formation professionnelle plutôt que de redoubler son année scolaire.

Je ne savais rien d'elle quand elle est arrivée au centre. C'est sa cousine — que j'avais déjà en soutien pour le français — qui l'avait convaincue de venir. Elle lui avait dit qu'il y avait un prof qui pourrait l'aider et qu'elle pourrait peut-être changer d'avis.

Lors de la première séance de maths, elle n'a rien dit de particulier. À la fin, elle m'a juste mentionné qu'elle avait une cousine au cours de français. Je lui ai simplement demandé si la séance lui avait plu. Elle m'a dit qu'elle était ravie — et qu'elle voulait s'inscrire en physique aussi.

C'est plus tard, par sa cousine, que j'ai appris sa situation. Mais je ne lui en ai jamais parlé. Et elle non plus ne m'a rien dit.

Pendant 8 mois, je l'ai traitée exactement comme n'importe quel autre élève. Je lui posais les mêmes questions qu'à tous les nouveaux : quelles sont tes difficultés ? Qu'est-ce que tu n'as pas compris ? Je l'encourageais sur ce que je voyais — et ce que je voyais, c'était une élève sérieuse, assidue, qui ne s'absentait jamais sauf en cas de grippe.

Progressivement, la confiance est revenue. Les interrogations au collège s'amélioraient. Et à la fin de l'année, au brevet : 15/20 en maths, 14,5/20 en physique.

Une élève qui voulait tout arrêter.

Ce cas m'a appris la leçon la plus importante de ma carrière : parfois, la meilleure façon d'aider un élève démotivé, c'est de ne pas le traiter comme un élève démotivé.


1. Comprendre la vraie cause de la démotivation

Avant d'agir, il faut diagnostiquer. Trop souvent, on cherche à résoudre la démotivation sans en avoir identifié la cause réelle.

Après dix ans, j'ai observé quatre causes principales :

Le manque de confiance / la peur de l'échec L'élève a tellement échoué qu'il ne croit plus pouvoir réussir. Chaque exercice est vécu comme une nouvelle occasion de confirmer cette croyance négative. C'est de loin la cause la plus fréquente — et la plus silencieuse.

Le désintérêt pour la matière Il ne voit pas à quoi ça sert. Personne ne lui a jamais expliqué pourquoi apprendre les fonctions ou la conjugaison du subjonctif pourrait lui être utile un jour.

La pression des parents Les cours particuliers lui ont été imposés. Il ne les a pas choisis et il le fait savoir passivement — en étant là sans vraiment être là.

Les distractions — et notamment le téléphone Aujourd'hui, le téléphone est devenu le premier concurrent du prof particulier. Et paradoxalement, c'est aussi un outil pédagogique puissant si on sait l'utiliser.


2. Le téléphone : ennemi ou allié ?

Dans mon centre, j'utilise beaucoup le téléphone — et notamment WhatsApp — pour envoyer les résumés de cours et les séries d'exercices en maths et en physique. Le téléphone fait partie intégrante de la pédagogie.

Mais un téléphone peut passer de l'outil de travail au réseau social en quelques secondes. J'ai toujours un œil sur les élèves. Quand je vois quelqu'un glisser vers les jeux ou les messages, je confisque le téléphone jusqu'à la fin de la séance — sans discussion, sans drama.

La règle est connue de tous dès le départ. Et à la fin de la séance, vous les voyez partir récupérer leur téléphone à l'administration... en rigolant.

C'est ça le bon équilibre : une règle claire, appliquée avec calme, et acceptée parce que les élèves savent que c'est dans leur intérêt. En général, je n'ai pas beaucoup de problèmes — ils savent que c'est une règle à respecter, et ils la respectent.

La leçon : ne diabolisez pas le téléphone, mais ne le laissez pas dicter le rythme de votre séance.


3. Créer un environnement de confiance

Un élève démotivé a souvent peur du jugement. Il a intégré que l'école est un endroit où l'on se trompe et où l'on est sanctionné pour ça.

Votre rôle est de casser cette association dès le départ :

  • Valorisez chaque petit progrès, même minime : "La semaine dernière tu bloquais sur ça, aujourd'hui tu l'as fait tout seul."
  • Dédramatisez l'erreur : "Très bien, on a trouvé ce qui ne marche pas. C'est exactement ce qu'on cherchait."
  • Évitez absolument les comparaisons avec d'autres élèves ou avec le niveau attendu par l'école.

La confiance ne se construit pas en une séance. Mais elle commence par chaque interaction où l'élève réalise qu'il n'a rien à craindre de vous.


4. Donner du sens aux apprentissages

La question "À quoi ça sert ?" n'est pas une provocation — c'est une vraie demande de sens à laquelle l'école répond rarement bien.

En cours particuliers, vous pouvez y répondre de façon personnalisée. Connectez les notions abstraites à des situations concrètes qui parlent à cet élève précis :

  • Les pourcentages → les soldes, le calcul d'un budget
  • L'anglais → comprendre les sous-titres de ses séries préférées
  • Les statistiques → analyser les performances de son équipe de foot
  • La rédaction → écrire sur sa passion

Plus le lien est personnel, plus il est puissant.


5. Impliquer l'élève dans ses objectifs

L'une des causes profondes de la démotivation est le sentiment de ne pas avoir son mot à dire. Les objectifs sont fixés par les parents, par l'école, par le prof — jamais par l'élève.

Posez des questions ouvertes et sans jugement :

  • "Qu'est-ce qui te ferait plaisir de mieux faire ?"
  • "Y a-t-il une matière dans laquelle tu aimerais vraiment progresser ?"
  • "Qu'est-ce qui t'énerve le plus dans les cours en ce moment ?"

Le simple fait d'être consulté change tout. Cette appropriation transforme la séance d'une contrainte imposée en un projet qui appartient, au moins en partie, à l'élève.


6. Adapter la durée et l'intensité

Avec un élève démotivé, vouloir tenir deux heures coûte que coûte est contre-productif. Mieux vaut 45 minutes pleinement engagées que 2 heures de résistance passive.

Quelques ajustements simples :

  • Terminez toujours sur quelque chose que l'élève sait faire — la dernière impression compte
  • Changez d'activité fréquemment pour maintenir l'attention
  • Si l'élève est à bout après 40 minutes, terminez là plutôt que de forcer

Avec le temps, si la confiance revient, la durée et l'intensité peuvent progressivement augmenter.


7. Montrer les progrès — même invisibles

Rien ne remotive plus durablement un élève que de voir ses propres progrès. Le problème, c'est qu'ils sont souvent invisibles sur le court terme.

C'est pour ça que noter les réussites de chaque séance est essentiel. Quelques semaines plus tard, montrez à l'élève ce qu'il faisait en début d'accompagnement et ce qu'il sait faire aujourd'hui. Voir une progression concrète — même modeste — est un moteur bien plus puissant que n'importe quel discours d'encouragement.

Cette élève qui voulait tout arrêter ? Quand elle a vu ses premières notes remonter au collège, elle n'avait plus besoin qu'on la motive. Elle se motivait toute seule.


Résumé : 7 leviers pour remotiver un élève

  1. Ne le traitez pas comme un cas — parfois l'invisibilité du problème est la meilleure thérapie
  2. Diagnostiquez la vraie cause avant d'agir
  3. Gérez le téléphone avec une règle claire et calme
  4. Créez un cadre de confiance sans jugement ni comparaison
  5. Donnez du sens en connectant les notions à la vie de l'élève
  6. Impliquez l'élève dans ses objectifs
  7. Montrez les progrès — ils motivent mieux que les discours

Conclusion

Motiver un élève démotivé demande de la patience, de l'empathie et parfois beaucoup de discrétion. Ce n'est pas une question de méthode magique, mais d'un ensemble d'ajustements progressifs — dans votre posture, dans vos activités, dans votre façon d'écouter.

Et parfois, comme avec cette élève qui voulait tout arrêter et qui a obtenu 15/20 au brevet, la plus grande victoire est celle dont vous ne savez même pas que vous êtes en train de la remporter.

C'est ça, le vrai métier de prof particulier.

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